{"id":8849,"date":"2026-09-26T21:03:53","date_gmt":"2026-09-26T19:03:53","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rers-evry-bdd.fr\/?p=8849"},"modified":"2026-09-26T21:24:27","modified_gmt":"2026-09-26T19:24:27","slug":"rites-et-republique-reenchantons-lunite-nationale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.rers-evry-bdd.fr\/index.php\/2026\/09\/26\/rites-et-republique-reenchantons-lunite-nationale\/","title":{"rendered":"Rites et R\u00e9publique\u00a0: r\u00e9enchantons l&rsquo;unit\u00e9 nationale"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"8849\" class=\"elementor elementor-8849\" data-elementor-post-type=\"post\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-765d7982 e-flex e-con-boxed e-con e-parent\" data-id=\"765d7982\" data-element_type=\"container\" data-e-type=\"container\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"e-con-inner\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-1e13d178 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"1e13d178\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<center><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-8850\" src=\"https:\/\/www.rers-evry-bdd.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Rites-et-Republique-\u2013-Reenchantons-lunite-nationale-de-Samuel-Mayol-188x300.jpg\" alt=\"\" width=\"188\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.rers-evry-bdd.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Rites-et-Republique-\u2013-Reenchantons-lunite-nationale-de-Samuel-Mayol-188x300.jpg 188w, https:\/\/www.rers-evry-bdd.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Rites-et-Republique-\u2013-Reenchantons-lunite-nationale-de-Samuel-Mayol-642x1024.jpg 642w, https:\/\/www.rers-evry-bdd.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Rites-et-Republique-\u2013-Reenchantons-lunite-nationale-de-Samuel-Mayol-768x1224.jpg 768w, https:\/\/www.rers-evry-bdd.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Rites-et-Republique-\u2013-Reenchantons-lunite-nationale-de-Samuel-Mayol.jpg 941w\" sizes=\"(max-width: 188px) 100vw, 188px\" \/><\/center><center>Rites et R\u00e9publique\u00a0: r\u00e9enchantons l&rsquo;unit\u00e9 nationale<\/center><p><b>Samuel Mayol<\/b><\/p><p><b>L\u2019Harmattan, coll. Des Hauts et D\u00e9bats, 2025. 176 pages, 19 \u20ac<\/b><\/p><p>Faire Nation sans rites : mission impossible ?<\/p><p>La R\u00e9publique a longtemps cru pouvoir tenir debout par la seule force de ses principes. <i>Avec Rites et R\u00e9publique : r\u00e9enchantons l\u2019unit\u00e9 nationale<\/i>, Samuel Mayol rappelle qu\u2019un peuple ne dure pourtant pas avec des id\u00e9es seulement : il dure aussi avec des gestes, des rendez-vous, des paroles, des c\u00e9r\u00e9monies et des souvenirs partag\u00e9s qui transforment progressivement la coexistence en communaut\u00e9 politique. Le livre d\u00e9range parce qu\u2019il ose nommer ce que beaucoup pressentent : un certain vide symbolique s\u2019est install\u00e9 dans nos soci\u00e9t\u00e9s contemporaines, laissant parfois la fraternit\u00e9 se d\u00e9liter et le besoin d\u2019appartenance chercher ailleurs les formes collectives que la R\u00e9publique peine d\u00e9sormais \u00e0 proposer.<\/p><p>Samuel Mayol prend ainsi la R\u00e9publique suffisamment au s\u00e9rieux pour refuser qu\u2019elle demeure une magnifique architecture juridique, intacte dans ses principes mais d\u00e9sert\u00e9e dans ses affects. Son livre tient \u00e0 la fois du diagnostic et du pari. Il rappelle que la dur\u00e9e d\u2019une cit\u00e9 ne d\u00e9pend pas seulement de la qualit\u00e9 de ses lois, mais \u00e9galement de la force des liens qui permettent \u00e0 celles-ci d\u2019\u00eatre comprises, d\u00e9sir\u00e9es et v\u00e9cues. Il existe des jours o\u00f9 la R\u00e9publique administre, compte et r\u00e9glemente ; il en existe d\u2019autres o\u00f9 elle rassemble et donne \u00e0 chacun le sentiment d\u2019appartenir \u00e0 une histoire plus vaste que la sienne. C\u2019est de cette seconde R\u00e9publique que parle Samuel Mayol, celle qui donne chair \u00e0 la libert\u00e9, consistance \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 et souffle \u00e0 la fraternit\u00e9.<\/p><p>Une communaut\u00e9 politique a besoin de symboles<\/p><p>Le c\u0153ur de son propos repose sur une intuition anthropologique ancienne : toute communaut\u00e9 qui veut durer doit savoir transformer une m\u00e9moire en exp\u00e9rience partag\u00e9e. Les soci\u00e9t\u00e9s humaines ont toujours compris la puissance du geste r\u00e9p\u00e9t\u00e9, de la parole solennelle, du calendrier qui scande l\u2019ann\u00e9e et des signes qui relient les g\u00e9n\u00e9rations.<br \/>Samuel Mayol ne plaide \u00e9videmment pas pour le retour d\u2019un sacr\u00e9 religieux impos\u00e9 \u00e0 tous. Il d\u00e9fend au contraire la possibilit\u00e9 d\u2019une ritualit\u00e9 civique compatible avec la la\u00efcit\u00e9, capable de rassembler sans demander \u00e0 quiconque de renoncer \u00e0 ses convictions. Cette proposition conduit \u00e0 reconsid\u00e9rer certains pr\u00e9jug\u00e9s contemporains. Dans son d\u00e9sir d\u2019\u00e9mancipation, la R\u00e9publique a parfois regard\u00e9 avec m\u00e9fiance le rite, l\u2019\u00e9motion collective ou la c\u00e9r\u00e9monie, soup\u00e7onn\u00e9s de masquer des rapports de domination ou des entreprises de manipulation. L\u2019auteur ne nie pas ces risques. Il souligne simplement que l\u2019absence de formes communes produit elle aussi des effets : solitude sociale, d\u00e9fiance, \u00e9loignement des institutions et multiplication d\u2019appartenances concurrentes offrant leurs propres signes, leurs propres f\u00eates et leurs propres r\u00e9cits.<\/p><p>La question devient alors profond\u00e9ment politique. Une soci\u00e9t\u00e9 peut-elle vivre durablement dans la seule rationalit\u00e9 administrative ? Suffit-il de proclamer des principes pour qu\u2019ils deviennent une culture commune ? La loi peut garantir des droits et \u00e9tablir des obligations ; elle ne peut pas, \u00e0 elle seule, produire un sentiment d\u2019appartenance.<\/p><p>Lorsque le citoyen devient un simple usager<\/p><p>Cette interrogation traverse tout l\u2019ouvrage. Na\u00eetre, devenir majeur, s\u2019unir, transmettre, entrer dans la citoyennet\u00e9 ou quitter ce monde constituent autant de passages auxquels les soci\u00e9t\u00e9s ont traditionnellement donn\u00e9 une forme symbolique. Lorsque ces moments ne sont plus consid\u00e9r\u00e9s que comme des formalit\u00e9s administratives, quelque chose du rapport entre l\u2019individu et la communaut\u00e9 se transforme.<\/p><p>Le citoyen risque alors de devenir progressivement un usager, la collectivit\u00e9 un prestataire et la fraternit\u00e9 une abstraction inscrite au fronton des b\u00e2timents publics.<br \/>Samuel Mayol, en observateur du lien social, montre comment ce vide peut se creuser sans bruit. Les grandes dates nationales demeurent mais leur intensit\u00e9 faiblit ; les c\u00e9r\u00e9monies existent encore mais elles sont parfois davantage regard\u00e9es que v\u00e9cues. La comm\u00e9moration peut se s\u00e9parer du quotidien et la m\u00e9moire nationale devenir une affaire de sp\u00e9cialistes tandis qu\u2019elle devrait \u00eatre l\u2019affaire de tous.<\/p><p>Le paradoxe tient pourtant au fait que les Fran\u00e7ais continuent d\u2019\u00e9prouver un puissant d\u00e9sir de rassemblement. F\u00eates locales, \u00e9v\u00e9nements sportifs, marches silencieuses, comm\u00e9morations spontan\u00e9es ou grands moments collectifs montrent r\u00e9guli\u00e8rement combien demeure vivace la recherche d\u2019une \u00e9motion commune. Nous n\u2019avons donc probablement pas perdu le go\u00fbt du collectif ; nous \u00e9prouvons plut\u00f4t des difficult\u00e9s \u00e0 lui donner des formes durables susceptibles d\u2019\u00eatre reconnues par tous.<\/p><p>La la\u00efcit\u00e9 n\u2019est pas un d\u00e9sert symbolique<\/p><p>C\u2019est sur ce point que l\u2019ouvrage peut \u00eatre particuli\u00e8rement utile dans le cadre d\u2019une formation Valeurs de la R\u00e9publique et La\u00efcit\u00e9.<\/p><p>Samuel Mayol invite en effet \u00e0 penser la la\u00efcit\u00e9 autrement que comme une simple technique de neutralisation des convictions religieuses. Elle constitue naturellement une condition juridique de coexistence, mais elle peut aussi \u00eatre envisag\u00e9e comme l\u2019organisation d\u2019un espace commun permettant aux diff\u00e9rences de vivre ensemble.<\/p><p>La R\u00e9publique n\u2019a pas vocation \u00e0 devenir un d\u00e9sert symbolique pour demeurer la\u00efque. Elle doit garantir la pluralit\u00e9 des croyances et des convictions sans en privil\u00e9gier aucune, mais elle doit \u00e9galement \u00eatre capable de proposer un langage commun, des embl\u00e8mes, des moments partag\u00e9s et des c\u00e9r\u00e9monies dans lesquels chaque citoyen puisse se reconna\u00eetre.<\/p><p>Le d\u00e9fi consiste donc \u00e0 produire du commun sans fabriquer de l\u2019uniformit\u00e9.<br \/>Cette distinction est essentielle. L\u2019unit\u00e9 r\u00e9publicaine n\u2019exige pas que tous les citoyens pensent de la m\u00eame mani\u00e8re, pratiquent la m\u00eame religion ou partagent les m\u00eames r\u00e9f\u00e9rences culturelles. Elle suppose en revanche l\u2019existence de quelques principes et exp\u00e9riences suffisamment communs pour permettre aux diff\u00e9rences de cohabiter.<\/p><p>La devise \u00ab Libert\u00e9, \u00c9galit\u00e9, Fraternit\u00e9 \u00bb, le drapeau tricolore, <i>La Marseillaise<\/i>, le 14 Juillet, les c\u00e9r\u00e9monies du 11 Novembre ou du 8 Mai ne sont pas de simples accessoires institutionnels. Ils appartiennent \u00e0 un langage symbolique permettant \u00e0 des individus tr\u00e8s diff\u00e9rents de se reconna\u00eetre momentan\u00e9ment comme membres d\u2019une m\u00eame communaut\u00e9 politique.<\/p><p>Transmettre sans fabriquer un roman national<\/p><p>Samuel Mayol refuse cependant toute nostalgie d&rsquo;un pass\u00e9 imaginaire dans lequel la France aurait v\u00e9cu dans une unanimit\u00e9 heureuse. L\u2019histoire r\u00e9publicaine est faite de conflits, de d\u00e9bats, de ruptures et de conqu\u00eates. Ses symboles eux-m\u00eames ont souvent \u00e9t\u00e9 disput\u00e9s avant de devenir communs.<\/p><p>L\u2019auteur consid\u00e8re n\u00e9anmoins qu\u2019une R\u00e9publique qui ne sait plus transmettre laisse progressivement la place \u00e0 des r\u00e9cits concurrents, souvent beaucoup plus simples et plus identitaires. Lorsque les institutions ne proposent plus de r\u00e9cit collectif susceptible d\u2019articuler le pass\u00e9, le pr\u00e9sent et l\u2019avenir, d\u2019autres discours occupent le terrain. Certains promettent de restaurer une communaut\u00e9 homog\u00e8ne en d\u00e9signant ceux qui n\u2019en feraient pas partie.<\/p><p>La question des rites rejoint alors directement celle de la pr\u00e9vention des replis identitaires.<br \/>Il ne suffit pas de d\u00e9noncer le communautarisme ou les fractures de la soci\u00e9t\u00e9. Encore faut-il proposer des exp\u00e9riences communes suffisamment fortes pour que chacun puisse trouver sa place dans l\u2019espace r\u00e9publicain sans devoir chercher exclusivement son appartenance dans une communaut\u00e9 particuli\u00e8re.<\/p><p>R\u00e9inventer plut\u00f4t que restaurer<\/p><p>Le projet de Samuel Mayol n\u2019est donc pas de restaurer m\u00e9caniquement les c\u00e9r\u00e9monies du pass\u00e9. Il appelle plut\u00f4t \u00e0 une v\u00e9ritable cr\u00e9ativit\u00e9 civique.<br \/>Nos soci\u00e9t\u00e9s ont profond\u00e9ment chang\u00e9. Les anciennes formes de sociabilit\u00e9 ne peuvent \u00eatre reproduites telles quelles. Il faut donc imaginer des c\u00e9r\u00e9monies, des f\u00eates et des moments collectifs capables de parler aux femmes et aux hommes d\u2019aujourd\u2019hui tout en transmettant l\u2019h\u00e9ritage r\u00e9publicain.<\/p><p>L\u2019auteur conna\u00eet \u00e9videmment l\u2019objection. Toute c\u00e9r\u00e9monie publique peut devenir mise en sc\u00e8ne ; toute c\u00e9l\u00e9bration collective peut glisser vers la propagande. L\u2019histoire du XXe si\u00e8cle a suffisamment montr\u00e9 avec quelle facilit\u00e9 le pouvoir peut instrumentaliser les symboles.<\/p><p>Mais Samuel Mayol retourne la question : faut-il pour autant abandonner tout le champ symbolique ?<\/p><p>Dans un univers satur\u00e9 d\u2019images, de r\u00e9seaux sociaux, de groupes affinitaires et de r\u00e9cits concurrents, la R\u00e9publique ne peut probablement pas demeurer silencieuse. Elle doit apprendre \u00e0 parler sans imposer, \u00e0 rassembler sans exclure, \u00e0 comm\u00e9morer sans figer le pass\u00e9 et \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer sans transformer le citoyen en spectateur.<\/p><p>Faire du citoyen un participant<\/p><p>Ce point est probablement l\u2019un des plus f\u00e9conds du livre. Samuel Mayol ne demande pas n\u00e9cessairement davantage de c\u00e9r\u00e9monies ; il souhaite surtout qu\u2019elles soient v\u00e9cues autrement.<\/p><p>Une c\u00e9r\u00e9monie civique n\u2019est pas seulement un discours prononc\u00e9 devant un monument. Elle peut \u00eatre une v\u00e9ritable p\u00e9dagogie de la citoyennet\u00e9. Elle associe un lieu, une histoire, des gestes, des paroles et une m\u00e9moire. Elle permet de rendre sensible ce qui resterait autrement abstrait.<\/p><p>La question de la participation devient alors fondamentale.<\/p><p>Un rite r\u00e9publicain ne peut v\u00e9ritablement fonctionner que s\u2019il permet \u00e0 chacun d\u2019y entrer sans devoir renoncer \u00e0 son histoire personnelle. Il doit cr\u00e9er un sentiment d\u2019appartenance qui ne soit ni contraint ni exclusif.<\/p><p>On retrouve ici une interrogation centrale pour toute r\u00e9flexion sur la la\u00efcit\u00e9 : comment construire une unit\u00e9 politique qui respecte la diversit\u00e9 des appartenances ?<\/p><p>La R\u00e9publique n\u2019efface pas les diff\u00e9rences ; elle cr\u00e9e les conditions permettant de ne pas \u00eatre enferm\u00e9 dans celles-ci.<br \/>La R\u00e9publique est aussi une culture<\/p><p>Samuel Mayol \u00e9crit \u00e9galement contre une certaine paresse r\u00e9publicaine qui consisterait \u00e0 se r\u00e9fugier derri\u00e8re la puret\u00e9 des principes pour \u00e9viter de travailler la culture commune.<br \/>Car la R\u00e9publique n\u2019est pas seulement un ensemble de r\u00e8gles juridiques. Elle est aussi une histoire, des pratiques, des institutions, des \u0153uvres, des gestes et des r\u00e9cits. Une culture ne se conserve pas spontan\u00e9ment : elle se transmet.<\/p><p>L\u2019\u00e9cole occupe naturellement une place essentielle dans cette transmission. Non pas pour fabriquer une adh\u00e9sion obligatoire, mais pour donner aux futurs citoyens les moyens de comprendre le monde politique auquel ils appartiennent. Pourquoi c\u00e9l\u00e8bre-t-on le 14 Juillet ? Que comm\u00e9more le 11 Novembre ? Pourquoi la devise r\u00e9publicaine associe-t-elle libert\u00e9, \u00e9galit\u00e9 et fraternit\u00e9 ? Pourquoi Marianne ? Pourquoi le drapeau tricolore ? Pourquoi la s\u00e9paration des \u00c9glises et de l\u2019\u00c9tat ?<\/p><p>Lorsque ces symboles cessent d\u2019\u00eatre expliqu\u00e9s, ils deviennent progressivement des d\u00e9cors.<br \/>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que Samuel Mayol souhaite \u00e9viter. Un symbole civique n\u2019a de sens que s\u2019il est compris, transmis et r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9 par chaque g\u00e9n\u00e9ration.<\/p><p>Une la\u00efcit\u00e9 de construction plut\u00f4t que d\u2019affrontement<br \/>Le parcours de Samuel Mayol \u00e9claire cette r\u00e9flexion. Docteur en sciences de gestion et habilit\u00e9 \u00e0 diriger des recherches, ma\u00eetre de conf\u00e9rences \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Sorbonne Paris Nord, ancien directeur de l\u2019IUT de Saint-Denis et directeur de laboratoire, il a re\u00e7u en 2015 le Prix national de la la\u00efcit\u00e9.<\/p><p>Ses travaux r\u00e9cents t\u00e9moignent d\u2019une continuit\u00e9 remarquable autour des fragilit\u00e9s contemporaines de la communaut\u00e9 r\u00e9publicaine : <i>La\u00efcit\u00e9, la R\u00e9publique jusqu\u2019au bout en 2023, Fraternit\u00e9s fractur\u00e9es, Les extr\u00e9mistes \u00e0 l\u2019assaut de la R\u00e9publique et Antis\u00e9mitisme, la R\u00e9publique en danger en 2024, puis Universit\u00e9s en crises et Litt\u00e9rature et la\u00efcit\u00e9 en 2025.<\/i><\/p><p><i>Rites et R\u00e9publique<\/i> prolonge cette r\u00e9flexion en d\u00e9pla\u00e7ant l\u00e9g\u00e8rement la question. Il ne s\u2019agit plus seulement de savoir comment d\u00e9fendre les valeurs r\u00e9publicaines contre ce qui les menace, mais comment donner envie de les habiter.<\/p><p>Et c\u2019est peut-\u00eatre ici que le livre devient particuli\u00e8rement stimulant.<\/p><p>Une R\u00e9publique peut-elle vivre sans \u00eatre aim\u00e9e ?<br \/>Au fond, Samuel Mayol pose une question simple et redoutable : une R\u00e9publique peut-elle durablement vivre si elle n\u2019est plus aim\u00e9e ?<\/p><p>On peut \u00e9videmment r\u00e9pondre que le citoyen n\u2019a pas \u00e0 aimer les institutions et qu\u2019il lui suffit de respecter les lois. Juridiquement, cela est incontestable. Politiquement et humainement, la question est plus complexe.<\/p><p>Une communaut\u00e9 nationale ne se r\u00e9sume pas \u00e0 l\u2019ob\u00e9issance \u00e0 un Code. Elle repose \u00e9galement sur le sentiment qu\u2019au-del\u00e0 de nos divergences existe quelque chose qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre transmis.<\/p><p>Aimer la R\u00e9publique ne signifie \u00e9videmment pas approuver tous les gouvernements, toutes les politiques ou toutes les institutions. La critique appartient pleinement \u00e0 la tradition d\u00e9mocratique. Mais critiquer la R\u00e9publique suppose encore que l\u2019on consid\u00e8re la chose commune comme suffisamment pr\u00e9cieuse pour vouloir la transformer plut\u00f4t que l\u2019abandonner.<\/p><p>Le livre de Samuel Mayol conduit ainsi \u00e0 distinguer la R\u00e9publique comme r\u00e9gime politique des gouvernements successifs qui l\u2019administrent. Cette distinction est fondamentale dans toute d\u00e9marche d\u2019\u00e9ducation \u00e0 la citoyennet\u00e9.<\/p><p>Un livre particuli\u00e8rement utile pour les formations VRL<\/p><p>Pour les participants aux formations Valeurs de la R\u00e9publique et La\u00efcit\u00e9, Rites et R\u00e9publique constitue ainsi un support particuli\u00e8rement int\u00e9ressant, parce qu\u2019il permet de sortir d\u2019une approche exclusivement juridique.<\/p><p>La la\u00efcit\u00e9 poss\u00e8de naturellement un cadre l\u00e9gal qu\u2019il faut conna\u00eetre pr\u00e9cis\u00e9ment. Mais la connaissance du droit ne suffit pas toujours \u00e0 comprendre les tensions qui traversent la soci\u00e9t\u00e9. Derri\u00e8re beaucoup de controverses concernant les appartenances religieuses, culturelles ou identitaires se trouve aussi une question plus profonde : \u00e0 quoi appartenons-nous ensemble ?<\/p><p>Samuel Mayol nous oblige \u00e0 regarder cette interrogation sans d\u00e9tour.<br \/>La R\u00e9publique peut demander aux citoyens de respecter des r\u00e8gles communes. Elle doit \u00e9galement \u00eatre capable de rendre perceptible ce qui les relie. C\u2019est pourquoi les symboles, les f\u00eates, les c\u00e9r\u00e9monies et les grandes dates de notre histoire ne sont pas secondaires. Ils constituent autant d\u2019occasions de rendre concr\u00e8tes les valeurs proclam\u00e9es.<\/p><p>La fraternit\u00e9, notamment, ne peut rester un mot grav\u00e9 sur les fa\u00e7ades. Elle prend sens lorsque des citoyens qui ne partagent ni les m\u00eames origines, ni les m\u00eames convictions, ni les m\u00eames modes de vie \u00e9prouvent n\u00e9anmoins qu\u2019ils appartiennent \u00e0 un espace politique commun.<\/p><p>Pour prolonger la r\u00e9flexion avec les apprenants<\/p><p>La lecture de l\u2019ouvrage ouvre naturellement plusieurs questions qui peuvent nourrir un \u00e9change collectif : de quels rites r\u00e9publicains avons-nous encore besoin aujourd\u2019hui ? Les c\u00e9r\u00e9monies nationales parlent-elles encore aux jeunes g\u00e9n\u00e9rations ? Comment renouveler ces rites sans tomber dans la propagande ? Peut-on cr\u00e9er de nouvelles traditions r\u00e9publicaines ?<\/p><p>Comment construire un sentiment d\u2019appartenance partag\u00e9 sans effacer les identit\u00e9s particuli\u00e8res ?<\/p><p>Quelle place donner \u00e0 l\u2019\u00e9motion dans la transmission des valeurs de la R\u00e9publique ? Enfin, comment faire vivre concr\u00e8tement la fraternit\u00e9 dans une soci\u00e9t\u00e9 travers\u00e9e par des appartenances multiples ?<\/p><p>Ces interrogations permettent de comprendre que la la\u00efcit\u00e9 ne se r\u00e9duit jamais \u00e0 la gestion des religions. Elle participe d\u2019un projet politique plus vaste : organiser pacifiquement la coexistence de citoyens libres et \u00e9gaux qui ne pensent pas n\u00e9cessairement de la m\u00eame mani\u00e8re.<\/p><p><i>Rites et R\u00e9publique<\/i> rappelle ainsi que la R\u00e9publique n\u2019est pas seulement une maison juridique. Elle est aussi une maison commune, et une maison commune doit \u00eatre entretenue, racont\u00e9e, transmise et rendue habitable.<\/p><p>Samuel Mayol nous place finalement devant une responsabilit\u00e9 collective. Il ne suffit pas de d\u00e9noncer les replis identitaires ; encore faut-il offrir un espace commun o\u00f9 le d\u00e9sir l\u00e9gitime d\u2019appartenance puisse trouver \u00e0 s\u2019exprimer sans exclusion. Il ne suffit pas de proclamer la fraternit\u00e9 ; il faut lui donner des occasions d\u2019\u00eatre v\u00e9cue. Il ne suffit pas non plus de r\u00e9citer la la\u00efcit\u00e9 ; il faut la faire vivre comme la condition d\u2019une libert\u00e9 partag\u00e9e.<\/p><p>C\u2019est sans doute la proposition la plus forte de cet ouvrage : un id\u00e9al que l\u2019on ne sait plus transmettre, c\u00e9l\u00e9brer et faire vivre risque un jour de ne plus \u00eatre compris \u2013 et donc de ne plus \u00eatre d\u00e9fendu.<\/p><p><strong>Yonnel Ghernaouti<\/strong><\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rites et R\u00e9publique\u00a0: r\u00e9enchantons l&rsquo;unit\u00e9 nationale Samuel Mayol L\u2019Harmattan, coll. Des Hauts et D\u00e9bats, 2025. 176 pages, 19 \u20ac Faire Nation sans rites : mission impossible ? 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