Figures de la laïcité – 2000 ans de combats

Jean-Pierre Sakoun & C215
– Préface de Renaud Dely
Armand Colin, 2025, 128 pages, 18.90 € – numérique 13,99 €

Des visages pour raconter la liberté de conscience Figures de la laïcité – 2000 ans de combats tient sa promesse d’une manière singulière, parce qu’il refuse de choisir entre le visible et le pensable. Jean-Pierre Sakoun et Christian Guémy, dit C215, composent un ouvrage qui travaille à la fois le regard et la mémoire, l’émotion immédiate produite par un visage et la nécessité de replacer celui-ci dans l’épaisseur de l’Histoire.

Nous ne traversons donc pas une simple galerie de personnages illustres où l’on passerait d’un nom à l’autre comme dans une antichambre d’hommages. Nous avançons dans une histoire vivante, faite de conflits, de ruptures, d’émancipations conquises et parfois perdues. Chaque figure est replacée dans la température politique de son siècle, dans la succession des régimes, dans les affrontements intellectuels et sociaux qui ont progressivement permis à la liberté de conscience de devenir l’un des fondements de notre conception moderne de la citoyenneté.

Le livre possède une architecture éditoriale particulièrement efficace. Le portrait apparaît sur la page de droite, frontal, immédiatement accessible, portant la signature graphique reconnaissable de C215. Sur la page de gauche viennent les repères nécessaires : dates, éléments biographiques, contexte historique, bibliographie et formule permettant de retenir l’essentiel. À l’image répond ainsi l’information ; à l’émotion répond le savoir. Cette construction évite deux écueils opposés : transformer les personnages en icônes détachées de leur époque ou, inversement, réduire leur existence à une succession sèche de dates et d’événements.

Le lecteur découvre ainsi progressivement que la laïcité n’est pas seulement une disposition juridique. Elle est également le produit d’une histoire longue, souvent difficile, dans laquelle des femmes et des hommes ont contesté les pouvoirs politiques, religieux ou sociaux lorsqu’ils prétendaient gouverner les consciences.

Marianne ouvre le livre

Le choix de commencer par Marianne n’est évidemment pas indifférent. Avant même que la galerie historique ne déploie ses noms et ses dates, la République apparaît sous les traits d’une figure collective.

Ce choix rappelle que la laïcité n’existe jamais hors d’un cadre politique. Elle prend sens au sein d’une République qui garantit à chacun la liberté de croire, de ne pas croire, de changer de religion ou de conviction, sans que l’État ait à privilégier une conception spirituelle particulière.

La préface de Renaud Dély, intitulée « L’inlassable quête », renforce cette perspective. La formule est juste : la liberté de conscience n’est jamais définitivement acquise. Elle ne se conserve pas comme une pièce de musée. Chaque génération doit apprendre ce qu’elle signifie, comprendre dans quelles circonstances elle fut conquise et mesurer les fragilités auxquelles elle demeure exposée.

C’est certainement l’une des grandes qualités pédagogiques de l’ouvrage : rappeler que la laïcité n’est pas une évidence naturelle de la société française, mais le résultat d’une histoire. Victor Schoelcher : l’égalité comme exigence

La page consacrée à Victor Schoelcher donne à cette articulation entre liberté et égalité une force particulière. Né à Paris en 1804, confronté lors de ses voyages à la réalité de l’esclavage colonial, Schoelcher devient journaliste, essayiste et militant de l’abolition immédiate.

En 1848, sous la IIe République, il joue un rôle déterminant dans la rédaction du décret du 27 avril abolissant définitivement l’esclavage dans les colonies françaises.

Le livre rappelle utilement que l’Histoire n’est jamais parfaitement linéaire. L’esclavage avait déjà été aboli une première fois en 1794 avant d’être rétabli en 1802. Une liberté conquise peut donc être remise en cause.

Schoelcher permet également aux auteurs de montrer que l’émancipation ne peut être divisée en compartiments étanches. Défendre l’égalité fondamentale entre les êtres humains conduit logiquement à interroger l’ensemble des institutions capables de produire privilèges, discriminations ou dominations. Son engagement contre l’influence politique de l’Église participe de cette même conception de la République : aucun pouvoir particulier ne doit pouvoir soustraire certains citoyens à l’égalité commune ou imposer ses convictions à l’ensemble de la société.

Pour des apprenants suivant une formation Valeurs de la République et Laïcité, cet exemple permet de rappeler une distinction fondamentale : la laïcité ne constitue pas une valeur isolée. Elle entretient des liens étroits avec la liberté, l’égalité et la citoyenneté.

Une galerie qui empêche les simplifications

La succession des figures constitue la véritable richesse de l’ouvrage parce qu’elle interdit de réduire la laïcité à un affrontement sommaire entre croyants et non-croyants.

Émilie du Châtelet rappelle l’importance de la raison, de la science et de la transmission des connaissances dans l’émancipation des consciences. Traduire, expliquer, démontrer deviennent des actes de liberté dès lors qu’ils permettent à chacun de ne plus dépendre exclusivement d’une autorité extérieure pour comprendre le monde.

La présence de l’abbé Henri Grégoire est tout aussi importante. Elle rappelle qu’une pensée favorable à la liberté de conscience peut être portée par un croyant. La laïcité n’est donc pas dirigée contre les religions. Elle organise les conditions dans lesquelles croyants et non-croyants peuvent vivre ensemble sans que l’un soit soumis aux convictions de l’autre.

Avec Adolphe Crémieux, le droit entre véritablement dans cette histoire. La liberté ne peut reposer uniquement sur les intentions individuelles ; elle doit être protégée par des règles et des institutions capables de s’opposer aux discriminations. Louise Michel, quant à elle, introduit une dimension sociale et éducative. L’émancipation des individus passe aussi par l’instruction et par la possibilité de sortir des déterminismes assignant chacun à une place prédéterminée.

Cette pluralité constitue l’une des principales vertus du livre. Il ne propose pas une généalogie unique de la laïcité mais montre qu’elle résulte de la convergence progressive de combats différents : liberté philosophique, émancipation politique, égalité devant la loi, développement de l’instruction et séparation des pouvoirs temporels et spirituels.

L’école, lieu décisif de la liberté de conscience
Avec Jules Ferry, Léon Gambetta et Ferdinand Buisson, le livre rejoint naturellement la question de l’école.

L’école publique n’est pas seulement l’un des espaces dans lesquels s’applique la laïcité ; elle est aussi l’un des lieux où celle-ci peut être comprise et transmise. L’objectif n’est pas d’inculquer aux élèves une nouvelle croyance appelée « laïcité », mais de leur permettre d’acquérir suffisamment de connaissances et de discernement pour construire librement leurs propres convictions.

L’école laïque se situe donc au cœur d’une ambition considérable : former des citoyens capables de juger par eux-mêmes.

Cette dimension demeure profondément actuelle. Dans une société où circulent quotidiennement informations, rumeurs, images manipulées, discours militants et théories complotistes, l’apprentissage de la distinction entre croyance, opinion, information et connaissance constitue une nécessité démocratique.

Ferdinand Buisson rappelle précisément que la laïcité possède une dimension éducative : elle ne demande pas ce que l’élève doit croire ; elle cherche à lui donner les outils lui permettant de penser.
Dreyfus et Zola : lorsque la République doit se corriger La présence d’Alfred Dreyfus et d’Émile Zola inscrit la réflexion dans l’un des grands traumatismes politiques et intellectuels de la France contemporaine.

L’Affaire Dreyfus rappelle qu’une République peut elle-même céder aux passions identitaires, au nationalisme, à l’antisémitisme ou à la tentation de protéger ses institutions au détriment de la vérité. Avec le célèbre engagement de Zola, l’ouvrage montre que défendre la République ne consiste pas nécessairement à défendre ceux qui la gouvernent ou ses institutions lorsqu’elles commettent une injustice. La fidélité aux principes républicains peut précisément exiger leur contestation.

Cette distinction est particulièrement importante dans une démarche d’éducation à la citoyenneté. Une démocratie vivante n’interdit pas la critique ; elle la rend possible. La liberté d’expression, la liberté de la presse et l’indépendance de la justice constituent précisément les mécanismes permettant à une société démocratique de reconnaître et de corriger ses propres erreurs.

La laïcité française dans son histoire propre

L’ouvrage prend également soin de replacer le modèle français dans son contexte historique.

La laïcité française ne peut être assimilée mécaniquement aux différents modèles de séparation ou de coexistence développés ailleurs dans le monde. Elle résulte d’une histoire particulière, marquée par plusieurs siècles de relations conflictuelles entre pouvoir politique et pouvoir religieux, par la Révolution française, les débats scolaires du XIXe siècle et, finalement, par la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État.

Le livre rappelle opportunément que le mot « laïcité » lui-même ne figure pas dans cette loi. Pourtant, ses principes ont progressivement irrigué le droit français avant que le caractère laïque de la République ne soit affirmé constitutionnellement.

Ce rappel historique permet d’éviter une erreur fréquente : considérer la laïcité comme une opinion philosophique parmi d’autres. Dans l’organisation française, elle constitue d’abord un principe juridique et politique.

Elle garantit la liberté de conscience, assure le libre exercice des cultes sous les seules restrictions nécessaires à l’ordre public et impose à la puissance publique de ne privilégier aucune croyance. Ne pas confondre neutralité de l’État et neutralité des citoyens L’un des apports utiles de l’ouvrage réside aussi dans la distinction qu’il permet d’établir entre plusieurs espaces.

La neutralité concerne d’abord l’État, les collectivités publiques, leurs institutions et, dans l’exercice de leurs fonctions, les agents du service public. Les citoyens, eux, disposent de la liberté de manifester leurs convictions dans les limites prévues par la loi. Cette distinction est fondamentale parce qu’elle permet de comprendre que la laïcité n’a pas pour fonction de rendre les religions invisibles.

Elle protège au contraire un espace dans lequel plusieurs convictions peuvent coexister. Le croyant doit pouvoir pratiquer son culte ; l’athée doit pouvoir exprimer son absence de croyance ; l’agnostique doit pouvoir demeurer dans le doute ; chacun doit également disposer du droit de changer de conviction.

La laïcité ne demande donc pas aux consciences de se taire. Elle empêche simplement l’une d’entre elles de devenir obligatoire pour toutes les autres.

Des figures contemporaines pour rappeler que rien n’est acquis La force du livre apparaît également dans le choix de personnages beaucoup plus proches de nous.

Salman Rushdie, visé depuis 1989 par une fatwa puis grièvement agressé en 2022, rappelle le prix que peut encore coûter aujourd’hui la liberté de création et d’expression.

Jean Cabut, dit Cabu, assassiné lors de l’attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, incarne lui aussi cette liberté de dessiner, de caricaturer et de rire que les sociétés démocratiques doivent protéger, y compris lorsque les œuvres dérangent ou offensent certaines convictions.

Le même jour, le policier Ahmed Merabet est assassiné dans la rue. Sa présence dans l’ouvrage donne une profondeur particulière à la question républicaine : un homme de confession musulmane meurt en défendant les lois d’une République laïque attaquée par des terroristes prétendant agir au nom de l’islam. Une telle figure suffit presque à montrer l’absurdité des représentations opposant systématiquement laïcité et croyants.

Avec Mahsa Jina Amini, jeune Iranienne d’origine kurde morte en 2022 après son arrestation par la police des mœurs, la question quitte le seul espace français. Le mouvement « Femme, Vie, Liberté » rappelle combien l’émancipation des consciences demeure, dans certaines sociétés, directement liée au droit des femmes à disposer de leur corps et à se soustraire aux prescriptions religieuses imposées par le pouvoir politique.

Ces trajectoires contemporaines empêchent ainsi la laïcité de devenir un simple chapitre d’histoire. Elles montrent que la question de la liberté de conscience demeure dramatiquement actuelle.

Quand la littérature devient un espace de liberté la présence d’écrivains et d’intellectuels comme Kamel Daoud élargit encore la réflexion. Écrire peut devenir un acte politique dès lors que la parole conteste des certitudes imposées ou refuse de soumettre la création artistique à une orthodoxie religieuse, morale ou idéologique. La littérature constitue alors l’un des espaces privilégiés de la liberté de conscience parce qu’elle autorise le doute, l’ironie, la contradiction et l’exploration des zones d’incertitude.

Le livre rappelle ainsi indirectement que la démocratie ne consiste pas seulement à organiser les élections et à garantir des institutions. Elle repose également sur la possibilité de créer, d’écrire, de caricaturer, d’enseigner et de débattre librement.

Cette liberté n’est jamais absolue au sens juridique du terme : elle s’exerce dans le cadre défini par la loi. Mais elle constitue l’une des conditions indispensables d’une société dans laquelle aucune doctrine ne peut prétendre bénéficier d’une protection particulière contre la critique.

Une chronologie qui remet les combats en perspective La chronologie proposée en fin d’ouvrage constitue un outil particulièrement utile pour les apprenants.

Elle permet de faire apparaître les principales étapes de cette histoire : Révolution française, Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, abolition du délit de blasphème, abolition puis rétablissement de l’esclavage, Concordat, lois scolaires de la IIIe République, liberté de la presse, Affaire Dreyfus, loi du 9 décembre 1905 et débats contemporains.

La succession de ces événements produit un effet salutaire : elle montre que l’Histoire n’est pas une marche continue vers davantage de liberté.
Les droits progressent, connaissent des reculs, sont contestés, redéfinis et parfois reconquis.

La laïcité elle-même doit donc être comprise comme une construction historique. Elle n’est ni immobile ni détachée du reste de la société. Les débats qui l’entourent évoluent avec les transformations politiques, religieuses, sociales et culturelles.

Cette profondeur historique constitue un antidote particulièrement efficace aux simplifications contemporaines.

C215 : rendre la mémoire visible
Le travail artistique de Christian Guémy, dit C215, donne à l’ensemble sa singularité.

Ses portraits ne décorent pas le texte ; ils donnent corps aux personnes évoquées. Chaque visage rappelle que derrière les grandes notions – liberté, égalité, émancipation, justice, conscience – se trouvent toujours des existences particulières.

Le pochoir introduit également dans le livre quelque chose de la rue et de l’espace public. L’histoire sort ainsi des bibliothèques pour rejoindre les murs de la cité.

Avec son projet Les Illustres, C215 transforme l’art urbain en instrument de mémoire. Le regard du passant rencontre un visage ; ce visage conduit à un nom ; ce nom peut ouvrir sur une histoire. Cette démarche possède une réelle portée pédagogique. Elle montre que la transmission ne passe pas nécessairement uniquement par le cours ou le manuel scolaire. Un portrait, une photographie, un monument ou une œuvre placée dans l’espace public peuvent devenir le point de départ d’un questionnement historique.

Jean-Pierre Sakoun : transmettre pour comprendre
Jean-Pierre Sakoun apporte à cet ensemble son expérience de la transmission et son engagement dans les débats contemporains sur la laïcité.

Ancien conservateur de bibliothèques, ingénieur de recherche au CNRS et pionnier de l’édition numérique, il préside l’association Unité Laïque. Son parcours éclaire la construction du livre : donner au lecteur les éléments permettant de comprendre sans transformer l’ouvrage en traité universitaire.

Son écriture privilégie la contextualisation. Les figures ne sont jamais séparées des événements politiques qui ont déterminé leur engagement.

Cette démarche est essentielle. Une personnalité historique ne peut être comprise en projetant sur son époque les catégories de notre présent. Il faut restituer les institutions, les représentations et les conflits auxquels elle fut confrontée.

Cette attention au contexte fait de Figures de la laïcité un ouvrage particulièrement intéressant pour un usage pédagogique. Armand Colin, une maison liée à la transmission des savoirs Le choix de l’éditeur n’est pas non plus anodin.

Fondée en 1870, la maison Armand Colin occupe depuis longtemps une place importante dans le monde universitaire et scolaire français. Son catalogue a accompagné plusieurs générations d’étudiants, d’enseignants et de chercheurs.

La publication de Figures de la laïcité s’inscrit bien dans cette tradition de transmission : proposer un ouvrage accessible au grand public sans renoncer à la nécessité du contexte historique.

Le livre peut donc être lu de plusieurs manières. On peut le parcourir pour découvrir les portraits de C215, s’arrêter sur une personnalité particulière, suivre chronologiquement l’évolution de la liberté de conscience ou encore l’utiliser comme point de départ pour approfondir certains épisodes de l’histoire républicaine.

Un ouvrage particulièrement adapté aux formations VRL pour les personnes suivant une formation Valeurs de la République et Laïcité, le principal intérêt de Figures de la laïcité est de replacer le principe juridique dans une histoire humaine.

Les textes de loi sont indispensables. La loi du 9 décembre 1905, la Constitution et la jurisprudence permettent de comprendre précisément ce que la laïcité autorise, interdit ou impose.

Mais l’approche historique donne une autre profondeur au sujet. Elle montre pourquoi ces règles existent.

Elle permet de comprendre ce que furent les affrontements autour de la liberté de conscience, de l’école, du droit de critique, de l’émancipation des femmes, de la liberté de la presse ou de la place des religions dans l’espace politique.

Surtout, elle permet de sortir des représentations contemporaines qui réduisent parfois la laïcité à la seule question du port de signes religieux.

La laïcité est beaucoup plus vaste. Elle concerne la relation entre l’État et les convictions, la liberté de conscience, l’égalité des citoyens, la neutralité des pouvoirs publics et la possibilité pour des individus profondément différents de partager un même espace civique.

Pour prolonger la réflexion avec les apprenants l’ouvrage peut ainsi fournir un excellent support à des échanges en formation.

Pourquoi certaines figures ont-elles été retenues et d’autres non ? Peut-on raconter deux mille ans de combats pour la liberté de conscience à travers quelques dizaines de portraits ? Pourquoi la laïcité française est-elle indissociable de l’histoire de l’école ? En quoi l’Affaire Dreyfus peut-elle encore nous aider à réfléchir à la République aujourd’hui ? Pourquoi la liberté d’expression est-elle nécessaire à la liberté de conscience ? Comment distinguer la critique d’une religion de la discrimination envers ses fidèles ? Enfin, comment transmettre la laïcité sans la transformer elle-même en doctrine intangible ?

Ces questions sont d’autant plus utiles qu’elles n’appellent pas toujours une réponse immédiate. Elles obligent à revenir aux faits, aux textes et au contexte.

C’est précisément l’un des objectifs d’une formation à la laïcité : apprendre à quitter le terrain des impressions pour retrouver celui du droit et de l’argumentation.

La laïcité comme vigilance démocratique Au bout du compte, Figures de la laïcité – 2000 ans de combats réussit une chose rare : rendre la laïcité visible sans la réduire à une définition scolaire, et intelligible sans lui retirer sa profondeur humaine.

Les portraits nous atteignent ; les biographies les replacent dans leur temps ; la chronologie rappelle combien les libertés que nous considérons aujourd’hui comme naturelles ont souvent été conquises au prix de combats difficiles.

Émilie du Châtelet, Henri Grégoire, Victor Schoelcher, Adolphe Crémieux, Louise Michel, Jules Ferry, Léon Gambetta, Émile Zola, Alfred Dreyfus, Ferdinand Buisson, Jean Jaurès, Jean Zay, Pierre Mendès France, Robert Badinter, Élisabeth Badinter, Salman Rushdie, Cabu, Ahmed Merabet, Mahsa Jina Amini, Boualem Sansal, Dominique Bernard, Charb, Richard Malka ou Samuel Paty appartiennent à des époques, des sensibilités et des horizons très différents.

Leur présence côte à côte rappelle précisément ce que la laïcité permet : des convictions différentes dans un même espace de liberté. Le livre ne propose donc pas un catéchisme républicain. Il invite à la vigilance.

Car la liberté de conscience n’est jamais définitivement garantie par le seul fait d’être écrite dans un texte. Elle dépend aussi de notre capacité collective à connaître le droit, à comprendre l’Histoire, à accepter le désaccord et à protéger chacun contre la volonté de ceux qui voudraient imposer à tous une seule manière de croire, de penser ou de vivre.

C’est en cela que Figures de la laïcité peut constituer, pour les formateurs comme pour les apprenants, un précieux ouvrage de transmission : il rappelle que la laïcité n’est pas une arme dirigée contre les convictions, mais le cadre politique et juridique qui permet précisément à des convictions différentes de coexister librement dans la République.

Yonnel Ghernaouti

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