
La laïcité
Michel Miaille
Lefebvre Dalloz, coll. À savoir, 2025, 5 éd. maj et rem., 314 pages, 4 € – version numérique 3 €
Au cœur des débats qui agitent la République, émerge l’ouvrage de Michel Miaille, La laïcité, dans sa cinquième édition. Tel un phare dans la brume des malentendus, ce traité pédagogique illumine le principe constitutionnel français, si souvent déformé par les vents de l’instrumentalisation. Juriste et politiste aguerri, Michel Miaille déconstruit avec finesse les ombres qui enveloppent la laïcité, la révélant non comme une forteresse d’exclusion, mais comme un instrument délicat de liberté et d’égalité, ancré dans les textes ancestraux et les rituels du quotidien.
L’architecture de l’œuvre, tel un édifice harmonieux, s’ouvre sur une introduction qui tisse le fil historique et démêle les nœuds des confusions contemporaines. Suit la première partie, « Au regard des textes », où l’auteur, en trois chapitres ciselés, évoque d’abord la loi de 1905, cette séparation solennelle entre Églises et État, comme un acte de naissance libérateur ; puis, son élévation au rang constitutionnel dès 1946, gravée dans le marbre des fondements républicains ; enfin, un regard comparatif vers l’Europe, opposant les modèles concordataires aux voiles de neutralité, dans une danse des contrastes.
La seconde partie, « Dans les pratiques sociales », plonge dans le fleuve de la vie ordinaire : le premier chapitre explore la laïcité « domestique » au sein de la vie privée, entre mariages civils et éducation des âmes ; le second, dans les arènes de l’entreprise, où les signes religieux se heurtent aux murs du labeur quotidien ; le troisième, enfin, dans les sanctuaires des services publics – écoles, hôpitaux –, invoquant la loi de 2004 sur le voile comme un écho persistant.
La conclusion projette un regard visionnaire vers un nouveau logiciel pour affronter les tempêtes de 2024, islamisme et populisme en tête, tandis que la bibliographie déploie un trésor de sources exhaustives, comme autant de racines nourricières.
Les apports de l’auteur scintillent d’une analyse multidisciplinaire – juridique, historique, sociologique –, parsemée de renvois précis aux textes oubliés, et rafraîchie pour le vingtième anniversaire de la loi de 2004.
Évitant les écueils partisans, il fustige avec mesure les excès des laïcistes intransigeants et des multiculturalistes évanescents. Idéal pour les étudiants en quête de clarté, les enseignants en mal d’inspiration, les associatifs en armes de réflexion. Ses vertus ? Une accessibilité fluide, une rigueur implacable. Son ombre ? Un francocentrisme qui, tel un horizon borné, effleure à peine les vastes mers du monde.
Yonnel Ghernaouti
