Le maire aux prises avec l’islamisme – Guide pratique

Michel Delmas et Charles Malauzat, avant-propos de Gérard Delfau

L’Harmattan, coll. Débats laïques, 2025, 152 pages, 17 €, numérique 12,99 €

Tenir la maison commune

Avec Le maire aux prises avec l’islamisme, Michel Delmas et Charles Malauzat offrent aux élus un guide pratique arrimé au droit. Question après question, ils rappellent que la République se défend d’abord par la loi commune, qui garantit à chacun la liberté de conscience et refuse qu’une idéologie impose sa norme à tous.

La mairie porte un nom ancien, celui de maison commune. Depuis 1792, les naissances, les mariages et les décès s’y inscrivent sans l’aval d’aucun clergé, et c’est là, bien avant 1905, que la France a appris à séparer la conscience de chacun de ce qui appartient à tous. Le maire est le visage le plus proche de la République, et c’est souvent seul qu’il répond quand une exigence identitaire veut se faire passer pour un droit.

Michel Delmas, docteur en droit de la coopération internationale formé à Toulouse, a signé L’islam et la République laïque et un essai sur la lutte contre le séparatisme islamiste. Charles Malauzat, médecin et élu rural depuis plus de vingt ans, a écrit sur la Grande Guerre et sur l’identité française. Leur livre unit la rigueur du juriste à l’expérience de l’élu qui sait ce que pèse une décision prise au nom de tous.

Tout part d’une distinction. L’islam, soulignent les auteurs, est une religion respectable, l’islamisme une idéologie politico-religieuse qui vise une contre-société. Ils décrivent la pluralité des rapports des musulmans de France à la République, puis les mouvances salafistes, djihadistes ou issues des Frères musulmans, qui avancent par les réseaux numériques comme par les clubs sportifs. Suivent trente-deux questions nées du terrain, aux réponses appuyées sur les textes et la jurisprudence. Avec l’agent municipal qui souhaite porter un signe religieux, le salarié d’une entreprise chargée d’un service public, le club gagné par un prosélytisme insistant ou la demande d’un certificat de virginité, la neutralité, l’égalité entre les femmes et les hommes et la dignité humaine quittent le ciel des principes pour la vie d’une commune.

Ce guide a aussi de la mémoire. Il suit le chemin qui va de Stanislas de Clermont-Tonnerre, plaidant en 1789 pour tout refuser aux Juifs comme nation et tout leur accorder comme individus, à la loi du 9 décembre 1905, par laquelle la République assure la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes sans en reconnaître, en salarier ni en subventionner aucun. Cette loi visait l’emprise cléricale, non la foi des catholiques, et la même ligne de partage commande aujourd’hui de combattre l’islamisme sans jamais soupçonner les musulmans. Un regard vers Strasbourg montre enfin combien la Cour européenne des droits de l’homme, qui met en balance liberté religieuse et vie en société, façonne notre droit.

Une réserve accompagne pourtant notre lecture. L’expression « maladie de l’islam » a une noble ascendance, puisque le poète Abdelwahab Meddeb en fit le titre d’un essai, mais la métaphore médicale appelle l’idée de contagion, et un lecteur pressé pourrait glisser de l’idéologie aux personnes, puis du soupçon à la discrimination. La distinction posée d’emblée prévient cette dérive, pourvu qu’elle soit tenue sans relâche. Et le droit ne peut tout. Là où les services publics reculent et où l’emploi se dérobe, le séparatisme trouve un terrain qu’aucun arrêté ne suffit à reprendre. L’égalité réelle, la justice sociale et le partage des savoirs forment l’autre moitié de la réponse.

Ceindre l’écharpe tricolore oblige à tenir ensemble la fermeté et la fraternité. Ce livre donne aux élus les instruments juridiques de la première. La seconde se cultive partout où des citoyens apprennent les uns des autres. Car la maison commune ne tient debout que si sa porte reste ouverte à tous et si sa loi n’appartient à personne.

Yonnel Ghernaouti

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