Radicalisme et solidarisme au cœur de la République – Essai de réflexion et de compréhension du mouvement radical au XXIe siècle

Frédéric Léonzi, Éric Malmaison

Édition Spinelle, 2026, 182 pages, 18 €

L’ouvrage interroge ce qui permet à une République de demeurer vivante. Son fil conducteur tient dans une idée presque discrète dans le débat public et pourtant décisive, celle de solidarité. Liberté, laïcité, justice sociale, responsabilité, éducation et citoyenneté s’y répondent comme les faces d’une même exigence démocratique.

Frédéric Léonzi, diplômé de Sciences Po Paris et de l’INALCO, cadre de la fonction publique de l’État, apporte une connaissance concrète des institutions. Éric Malmaison, juriste, président de la Société d’Histoire du Radicalisme et ancien élu local, inscrit cette réflexion dans une mémoire politique longue. Le radicalisme y apparaît moins comme l’étiquette d’un parti que comme une tradition républicaine attachée à la souveraineté du citoyen, à l’école, aux libertés publiques et à la laïcité. Le Parti républicain radical et radical-socialiste est fondé en 1901, lorsque défense de la République et question sociale occupent le cœur du débat public.

La partie la plus féconde du livre réside dans la redécouverte du solidarisme. Autour de Léon Bourgeois, cette pensée cherche à dépasser l’opposition entre individualisme absolu et collectivisme intégral. Chacun reçoit avant même d’avoir choisi de recevoir. Langue, savoirs, écoles, institutions, droits, soins et culture sont hérités d’une société déjà là. De cette interdépendance naît l’idée de « dette sociale ». Elle ne réduit pas la liberté, elle lui donne une profondeur morale et politique. Le Sénat rappelle que Léon Bourgeois concevait le solidarisme comme l’obligation de reconnaître ce que chacun doit à la société et de contribuer au bien commun.

Cette lecture éclaire la fraternité républicaine. Elle devient une architecture de droits et de devoirs, une manière d’organiser l’égalité réelle sans abolir la liberté individuelle. L’impôt, la protection sociale, l’éducation et les services publics s’inscrivent dans une logique de solidarité instituée. La citoyenneté cesse alors d’être la possession passive de droits pour devenir une responsabilité partagée.

La laïcité occupe logiquement une place essentielle. Elle apparaît non comme une hostilité aux convictions, mais comme la condition juridique permettant à des consciences différentes de vivre sous une loi commune. La loi de 1905 garantit la liberté de conscience tout en organisant la séparation entre les cultes et la puissance publique. La neutralité de l’État protège ainsi l’égalité des citoyens quelles que soient leurs convictions. La liberté d’association, consacrée par la loi de 1901, participe de la même émancipation civique en permettant aux citoyens de s’organiser sans autorisation préalable du pouvoir.

Le livre devient particulièrement actuel lorsque ses auteurs confrontent cet héritage aux fractures sociales, aux discriminations et au besoin de refaire du commun. Leur proposition mérite d’être discutée, car le radicalisme possède une histoire traversée de compromis et de contradictions qui interdit d’en faire un modèle intemporel. Cette réserve aide à distinguer la mémoire d’une famille politique des principes universalisables qu’elle a contribué à porter.

La République ne vit pas de la seule proclamation de ses valeurs. Elle demeure lorsqu’elles deviennent pratiques, institutions, protections et responsabilités. La liberté sans solidarité peut devenir solitude, l’égalité sans moyens reste inachevée, la fraternité sans justice s’épuise dans les mots et la laïcité sans connaissance se fragilise. Entre l’individu et la communauté, entre le droit et le devoir, demeure cette question essentielle. Que devons-nous les uns aux autres pour continuer à faire société ?

Yonnel Ghernaouti

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